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La démonstration de Fourier et ses prolongements

Portée de la méthode et questions ouvertes

La même mécanique ailleurs

L'argument de Fourier est un modèle du genre : produire une quantité qui doit être un entier tout en étant strictement comprise entre 00 et 11. On le retrouve dans plusieurs preuves célèbres.

Résultat Auteur, date Outil principal
ee irrationnel Euler, 1737 fraction continue
ee irrationnel Fourier, vers 1815 série et factorielle
π\pi irrationnel Lambert, 1761 fraction continue de tan\tan
ee transcendant Hermite, 1873 approximants de Padé
π\pi transcendant Lindemann, 1882 extension du travail de Hermite
π\pi irrationnel, preuve courte Niven, 1947 intégrale d'un polynôme bien choisi

Le cas de e2e^2 et des puissances de ee

L'argument précédent ne se transpose pas tel quel à e2e^2 : la série 2kk!\sum \dfrac{2^k}{k!} ne se laisse pas nettoyer aussi simplement, car le facteur 2k2^k gonfle le reste. Liouville a contourné l'obstacle en 1840 : si l'on suppose e2=pqe^2 = \dfrac{p}{q}, on écrit

qe=pe1q\,e = p\,e^{-1}

puis on développe les deux membres en série, en exploitant l'alternance des signes de e1=(1)kk!e^{-1} = \sum \dfrac{(-1)^k}{k!}. La même contradiction apparaît.

Plus généralement, un théorème de Lambert affirme que ere^r est irrationnel pour tout rationnel r0r \neq 0, et le théorème de Hermite-Lindemann donne mieux encore : eαe^\alpha est transcendant pour tout nombre algébrique α0\alpha \neq 0.

La fraction continue d'Euler

L'approche historique d'Euler s'appuie sur le développement

e=[2;1,2,1,1,4,1,1,6,1,1,8,1,]e = [\,2 \,;\, 1, 2, 1, 1, 4, 1, 1, 6, 1, 1, 8, 1, \ldots\,]

où le motif 1,2m,11, 2m, 1 se répète indéfiniment. Le critère est net : un réel est rationnel si et seulement si son développement en fraction continue est fini. Ce développement étant infini et parfaitement régulier, ee est irrationnel. Cette voie donne en prime d'excellentes approximations rationnelles de ee, comme 27211001\dfrac{2721}{1001}.

Ce que l'on ne sait toujours pas

La frontière du connu est étonnamment proche. On ignore encore si e+πe + \pi est irrationnel, et de même pour eπe \cdot \pi ou eee^e. On sait seulement qu'ils ne peuvent pas être tous deux algébriques : si e+πe + \pi et eπe\,\pi étaient algébriques, alors ee et π\pi, racines du polynôme

X2(e+π)X+eπX^2 - (e + \pi)\,X + e\,\pi

seraient algébriques eux aussi, ce que Hermite et Lindemann interdisent. Au moins l'un des deux est donc transcendant — mais personne ne sait lequel.

Piège classique

Croire qu'une somme ou un produit de deux irrationnels est irrationnel. C'est faux : 2+(12)=1\sqrt{2} + \left(1 - \sqrt{2}\right) = 1 et 2×2=2\sqrt{2} \times \sqrt{2} = 2. C'est exactement pour cette raison que le statut de e+πe + \pi reste ouvert, alors même que ee et π\pi sont tous deux transcendants.