La démonstration de Fourier et ses prolongements
La preuve par l'absurde de Fourier
L'énoncé
Théorème. Le nombre est irrationnel.
La démonstration élémentaire ci-dessous est attribuée à Fourier, qui l'exposait dans ses cours vers 1815 ; Euler avait déjà obtenu le résultat en 1737 par un tout autre chemin, le développement de en fraction continue.
La démonstration de Fourier
Hypothèse absurde. Supposons rationnel, et écrivons avec et .
Une remarque préalable sur . Comme , le nombre n'est pas entier, donc .
La quantité clé. Posons
Étape 1 : est un entier. Écrivons et traitons les deux morceaux.
D'une part, l'hypothèse absurde donne
D'autre part, pour tout , le quotient est un entier, donc
La différence de deux entiers étant un entier, .
Étape 2 : est strictement compris entre et . C'est l'encadrement du reste établi au chapitre précédent, multiplié par :
Conclusion. On a construit un entier vérifiant . Or il n'existe aucun entier strictement compris entre et : contradiction. L'hypothèse de départ est donc fausse, et est irrationnel.
Pourquoi la factorielle et pas autre chose
Le ressort de la preuve est que « nettoie » d'un coup tous les dénominateurs de la somme partielle , tout en laissant le reste minuscule. C'est la conjonction de ces deux effets — un entier d'un côté, une quantité inférieure à de l'autre — qui produit la contradiction.
| Ingrédient | Rôle dans la preuve |
|---|---|
| fournit une écriture exacte, tronquable | |
| pour | rend entier |
| rend entier | |
| rend strictement inférieur à |
Piège classique
Oublier la stricte positivité de . Sans elle, resterait possible, et il n'y aurait aucune contradiction : est un entier parfaitement légitime. Or est une somme de termes tous strictement positifs, donc — cette ligne, souvent expédiée en copie, est indispensable.

