Le nombre e et son développement en série
Rationnel, irrationnel, transcendant
Ce qu'il faut vraiment démontrer
Un réel est rationnel s'il s'écrit comme quotient de deux entiers :
Il est irrationnel sinon. Démontrer qu'un nombre est irrationnel, c'est donc prouver une propriété négative : aucune fraction, si compliquée soit-elle, ne convient. C'est pourquoi presque toutes ces preuves procèdent par l'absurde — on suppose la fraction donnée, et on en tire une contradiction arithmétique.
Le calcul numérique ne prouve rien
Les premières décimales de ne trahissent aucune structure :
Le motif apparaît deux fois de suite, ce qui est une pure coïncidence. Surtout, aucun calcul fini ne peut conclure : tout nombre rationnel dont le dénominateur est très grand possède un développement décimal périodique, mais de période éventuellement gigantesque.
| Nombre | Développement décimal | Nature |
|---|---|---|
| , période | rationnel | |
| , période | rationnel | |
| période de chiffres | rationnel | |
| infini non périodique | irrationnel algébrique | |
| infini non périodique | irrationnel transcendant |
Irrationnel n'est pas transcendant
Deux notions à ne pas confondre.
Un réel est algébrique s'il annule un polynôme non nul à coefficients entiers, et transcendant sinon. Ainsi est irrationnel, mais algébrique, puisqu'il annule . Le nombre , lui, est irrationnel et transcendant : Hermite l'a démontré en 1873, Lindemann a fait de même pour en 1882.
L'irrationalité de est donc un résultat strictement plus faible que sa transcendance — mais sa démonstration tient en une demi-page, alors que celle de Hermite demande plusieurs pages d'analyse.
Piège classique
Écrire « est irrationnel car son développement décimal est infini ». C'est faux comme argument : a lui aussi un développement décimal infini. Le critère correct est l'absence de périodicité, et il est inutilisable en pratique, puisqu'on ne peut jamais vérifier l'absence de période sur un nombre fini de décimales.

