Mesurer la dispersion
Rendement, risque et mutualisation
Espérance et écart-type ne sont pas des exercices scolaires : ce sont les deux nombres sur lesquels reposent l'assurance, la finance et le contrôle qualité.
Le couple rendement / risque
E(X) -> ce que l'on gagne EN MOYENNE (le rendement)
σ(X) -> de combien cela VARIE d'une fois (le risque)
sur l'autre
Un placement financier se résume presque toujours à ce couple. Deux produits de même espérance ne se valent pas : celui de plus faible écart-type est préférable à rendement égal — c'est le principe de base de la gestion de portefeuille.
rendement E(X)
^
| • fonds actions (E élevé, σ élevé)
|
| • obligations (E moyen, σ faible)
| • livret (E faible, σ ≈ 0)
+---------------------------> risque σ(X)
L'assurance, expliquée par l'espérance
Une compagnie assure 100 000 conducteurs. Pour chacun, la probabilité d'un sinistre coûtant 10 000 € est de 1 %.
E(coût par assuré) = 0,01 × 10 000 = 100 €
La prime doit donc dépasser 100 € pour couvrir les sinistres, les frais et la marge. Mais pourquoi l'assurance fonctionne-t-elle, alors que l'espérance est défavorable à l'assuré ?
Parce que les deux parties ne regardent pas le même nombre :
L'ASSURÉ subit un risque énorme à son échelle : σ individuel très grand,
et un sinistre peut le ruiner. Il paie pour SUPPRIMER cette variance.
L'ASSUREUR mutualise 100 000 risques indépendants. Son coût moyen se
concentre autour de 100 € : l'écart-type relatif diminue en 1/√n.
C'est la loi des grands nombres transformée en modèle économique : le risque individuel disparaît par agrégation.
L'inégalité de Bienaymé-Tchebychev
Elle donne un sens quantitatif à l'écart-type, sans rien supposer sur la loi :
1
P( |X - E(X)| ≥ k σ ) ≤ ----
k²
k = 2 -> au plus 25 % des valeurs sont à plus de 2σ de la moyenne
k = 3 -> au plus 11 %
k = 10 -> au plus 1 %
Cette borne est universelle mais grossière. Pour une loi normale, la proportion réelle au-delà de 2σ est de 5 %, pas 25 %. Elle sert donc surtout à garantir un ordre de grandeur quand la loi est inconnue.
Le contrôle qualité
Une chaîne de production vise une longueur de 100 mm avec σ = 0,2 mm. On rejette les pièces hors de [μ - 3σ ; μ + 3σ], soit [99,4 ; 100,6].
99,4 100 100,6
|----------|----------|
zone acceptée
rejet <-- --> rejet
Le fameux objectif « six sigma » consiste à rendre les tolérances si larges par rapport à σ que la proportion de défauts tombe à quelques pièces par million. Tout le travail industriel consiste alors à réduire σ, pas à déplacer la moyenne — cette dernière se règle facilement, la dispersion non.
En résumé
E(X)mesure le rendement,σ(X)mesure le risque : les deux sont nécessaires.- L'assurance repose sur la mutualisation : l'écart-type relatif décroît en
1/√n. - Bienaymé-Tchebychev : au plus
1/k²des valeurs s'écartent de plus dekσ. - Cette borne vaut pour toute loi, mais elle est large.
- En contrôle qualité, on cherche à réduire
σplus qu'à corriger la moyenne.

