Ce que l'exponentielle complexe permet
Moivre, Euler et la trigonométrie
Une fois l'exponentielle complexe en main, la trigonométrie cesse d'être une liste de formules à retenir : elle se recalcule en trois lignes.
La formule de Moivre
En écrivant (e^(iθ))^n = e^(inθ) sous forme trigonométrique :
(cos θ + i sin θ)^n = cos(nθ) + i sin(nθ)
C'est la formule de Moivre. Elle permet d'exprimer cos(nθ) et sin(nθ) en fonction de cos θ et sin θ. Pour n = 2 :
(cos θ + i sin θ)² = cos²θ - sin²θ + 2i sin θ cos θ
= cos 2θ + i sin 2θ
En identifiant parties réelles et parties imaginaires — une égalité complexe vaut deux égalités réelles — on retrouve d'un coup :
cos 2θ = cos²θ - sin²θ et sin 2θ = 2 sin θ cos θ
Les formules de duplication ne sont plus à apprendre par cœur : elles se retrouvent en une ligne. Le même calcul avec n = 3 donne cos 3θ = 4cos³θ - 3cos θ.
Les formules d'Euler
Dans l'autre sens, en additionnant et en soustrayant e^(iθ) et e^(-iθ) :
e^(iθ) = cos θ + i sin θ
e^(-iθ) = cos θ - i sin θ
e^(iθ) + e^(-iθ) e^(iθ) - e^(-iθ)
cos θ = -------------------- sin θ = --------------------
2 2i
Ces deux formules permettent la linéarisation : transformer un produit ou une puissance de fonctions trigonométriques en une somme, ce qui rend une intégrale calculable.
e^(iθ) + e^(-iθ) ² e^(2iθ) + 2 + e^(-2iθ) 1 + cos 2θ
cos²θ = ( ------------------ ) = ------------------------ = ------------
2 4 2
Intégrer cos²θ était impossible tel quel ; sous la forme (1 + cos 2θ)/2, c'est immédiat. C'est l'usage quotidien de ces formules en analyse et en physique.
Le dictionnaire
Ce qu'on veut faire L'outil
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développer cos(nθ) en puissances de cos Moivre
linéariser cos^n θ en somme de cos(kθ) Euler
calculer une intégrale trigonométrique Euler, puis on intègre
sommer des cosinus passer en exponentielle
Un exemple de somme
Comment calculer cos 0 + cos θ + cos 2θ + … + cos nθ ? En passant aux exponentielles, cette somme devient la partie réelle d'une suite géométrique de raison e^(iθ), dont on connaît la somme. Ce qui semblait un empilement de cosinus se réduit à une formule fermée.
C'est exactement le mécanisme qu'exploitent l'analyse de Fourier et le traitement du signal : décomposer un phénomène en somme d'exponentielles complexes, calculer sur les exponentielles, puis revenir au réel.
En résumé
- Moivre :
(cos θ + i sin θ)^n = cos nθ + i sin nθ— pour développer. - Une égalité complexe donne deux égalités réelles (parties réelle et imaginaire).
- Euler :
cos θ = (e^(iθ) + e^(-iθ))/2etsin θ = (e^(iθ) - e^(-iθ))/2i— pour linéariser. - La linéarisation rend intégrables les puissances de cosinus et de sinus.
- Les sommes de cosinus deviennent des suites géométriques complexes.

