Module, argument et notation exponentielle
La forme exponentielle
La forme trigonométrique est correcte mais lourde. Une notation plus compacte va tout simplifier — et transformer la multiplication en addition.
L'observation de départ
Multiplions deux complexes de module 1 écrits sous forme trigonométrique :
(cos α + i sin α)(cos β + i sin β)
= cos α cos β - sin α sin β + i(sin α cos β + cos α sin β)
= cos(α + β) + i sin(α + β)
On reconnaît les formules d'addition de la trigonométrie. Le résultat est frappant : multiplier deux complexes de module 1 revient à additionner leurs angles.
Or il existe une fonction connue qui transforme les sommes en produits : l'exponentielle, avec e^x × e^y = e^(x+y). La notation s'impose.
La notation d'Euler
e^(iθ) = cos θ + i sin θ
Tout complexe non nul s'écrit alors sous forme exponentielle :
z = r e^(iθ) avec r = |z| > 0 et θ = arg(z)
Ce n'est pas une simple convention d'écriture : en développant en série entière e^x, cos x et sin x, on démontre cette identité. La notation exponentielle est légitime, pas analogique.
Les règles de calcul deviennent triviales
r e^(iα) × r' e^(iβ) = r r' e^(i(α+β)) modules ×, arguments +
r e^(iα) r
------------ = ---- e^(i(α-β)) modules ÷, arguments -
r' e^(iβ) r'
(r e^(iθ))^n = r^n e^(inθ) module ^n, argument ×n
conjugué de r e^(iθ) = r e^(-iθ) l'angle change de signe
inverse de r e^(iθ) = (1/r) e^(-iθ)
Comparez au calcul en forme algébrique : élever (1 + i) à la puissance 10 demanderait dix développements successifs. En exponentielle :
1 + i = √2 e^(iπ/4) -> (1+i)^10 = (√2)^10 e^(i·10π/4)
= 32 e^(i·5π/2)
= 32 e^(iπ/2) = 32 i
Trois lignes, et aucun risque d'erreur de signe.
Le schéma qui résume tout
multiplication par r e^(iθ)
= rotation d'angle θ + agrandissement de rapport r
^ ^
| • z | • z' = 2 e^(iπ/3) × z
| / | /
| / | / (tourné de 60°,
|/________> |___/_____ deux fois plus loin)
C'est la clé de tout le chapitre : un nombre complexe est une transformation du plan, à la fois rotation et dilatation. Multiplier par i = e^(iπ/2), c'est tourner d'un quart de tour.
L'identité d'Euler
Pour θ = π, la formule donne :
e^(iπ) = cos π + i sin π = -1 d'où e^(iπ) + 1 = 0
Cette égalité relie en cinq symboles les constantes fondamentales de l'analyse (e), de la géométrie (π), de l'algèbre (i), et les deux neutres 0 et 1. Elle est régulièrement citée comme la plus belle formule des mathématiques.
En résumé
e^(iθ) = cos θ + i sin θ; tout complexe non nul s'écritz = r e^(iθ).- Produit : modules multipliés, arguments additionnés.
- Puissance :
(r e^(iθ))^n = r^n e^(inθ)— le calcul devient immédiat. - Conjugué :
r e^(-iθ); inverse :(1/r) e^(-iθ). - Multiplier par
r e^(iθ), c'est tourner de θ et dilater de r. e^(iπ) + 1 = 0: l'identité d'Euler.

