Pulsars
0 %
Log inSign up

Le théorème du point fixe et ses applications

Énoncé et démonstration

Énoncé du théorème

Théorème du point fixe de Banach. Soit XX une partie fermée et non vide de R\mathbb{R}, et f:XXf : X \to X une application kk-contractante, avec 0k<10 \leq k < 1. Alors ff admet un unique point fixe cc dans XX, et pour tout u0u_0 de XX, la suite définie par un+1=f(un)u_{n+1} = f(u_n) converge vers cc.

Trois hypothèses, aucune superflue : XX fermé — un segment [a;b][a \,;\, b] fait parfaitement l'affaire —, la stabilité f(X)Xf(X) \subset X, et la contraction stricte k<1k < 1.

L'énoncé de Banach, publié en 1922, vaut en réalité dans tout espace métrique complet, ce qui en fait l'un des outils les plus réutilisés de l'analyse.

Démonstration

Existence. Partons d'un point u0u_0 quelconque de XX et posons un+1=f(un)u_{n+1} = f(u_n) ; la stabilité f(X)Xf(X) \subset X garantit que la suite reste bien définie dans XX.

La contraction appliquée à deux termes consécutifs donne

un+1un=f(un)f(un1)kunun1\lvert u_{n+1} - u_n \rvert = \lvert f(u_n) - f(u_{n-1}) \rvert \leq k\,\lvert u_n - u_{n-1} \rvert

d'où, par récurrence, un+1unknu1u0\lvert u_{n+1} - u_n \rvert \leq k^n\,\lvert u_1 - u_0 \rvert.

Pour p>np > n, l'inégalité triangulaire et la somme d'une série géométrique donnent alors

upunj=np1uj+1uju1u0j=np1kjkn1ku1u0\lvert u_p - u_n \rvert \leq \sum_{j=n}^{p-1} \lvert u_{j+1} - u_j \rvert \leq \lvert u_1 - u_0 \rvert \sum_{j=n}^{p-1} k^j \leq \frac{k^n}{1 - k}\,\lvert u_1 - u_0 \rvert

Le majorant tend vers 00 quand nn tend vers l'infini, indépendamment de pp : la suite (un)(u_n) est de Cauchy. Comme R\mathbb{R} est complet, elle converge vers un réel cc, et comme XX est fermé, cc appartient à XX.

Une fonction contractante étant continue, le passage à la limite dans un+1=f(un)u_{n+1} = f(u_n) donne c=f(c)c = f(c).

Unicité. Supposons deux points fixes cc et dd. Alors

cd=f(c)f(d)kcd\lvert c - d \rvert = \lvert f(c) - f(d) \rvert \leq k\,\lvert c - d \rvert

donc (1k)cd0(1 - k)\,\lvert c - d \rvert \leq 0. Comme 1k>01 - k > 0, il vient cd=0\lvert c - d \rvert = 0, c'est-à-dire c=dc = d.

Chaque hypothèse est nécessaire

Hypothèse retirée Contre-exemple Ce qui échoue
XX fermé f(x)=x2f(x) = \dfrac{x}{2} sur ]0;1]\left]0 \,;\, 1\right] la limite 00 sort de XX
f(X)Xf(X) \subset X f(x)=x2+3f(x) = \dfrac{x}{2} + 3 sur [0;1][0 \,;\, 1] la suite quitte l'intervalle
k<1k < 1 strict f(x)=x+1xf(x) = x + \dfrac{1}{x} sur [1;+[\left[1 \,;\, +\infty\right[ aucun point fixe
XX non vide rien à démontrer

Piège classique

Oublier de vérifier la stabilité f(X)Xf(X) \subset X. C'est l'étape que l'on saute le plus volontiers, et c'est pourtant elle qui demande le vrai travail dans un exercice : il faut établir un encadrement de ff sur XX, souvent par une étude de variations. Sans elle, la suite des itérées n'est même pas définie.