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Le théorème de Heine et ses conséquences

Énoncé et démonstration du théorème de Heine

Énoncé du théorème

Théorème de Heine. Toute fonction continue sur un segment [a;b][a \,;\, b] y est uniformément continue.

Le mot segment est essentiel : il désigne un intervalle à la fois fermé et borné de R\mathbb{R}, c'est-à-dire un compact. Sous sa forme générale, due à Heine en 1872, l'énoncé dit qu'une application continue d'un espace métrique compact vers un espace métrique est uniformément continue.

Le théorème est purement existentiel : il garantit qu'un δ\delta uniforme existe, sans jamais le fournir.

Démonstration par l'absurde

Supposons ff continue sur [a;b][a \,;\, b] mais non uniformément continue. La négation de la définition s'écrit :

ε0>0,  δ>0,  (x,y)[a;b]2,xyδ   et   f(x)f(y)>ε0\exists \varepsilon_0 > 0,\; \forall \delta > 0,\; \exists (x, y) \in [a \,;\, b]^2,\quad \lvert x - y \rvert \leq \delta \;\text{ et }\; \lvert f(x) - f(y) \rvert > \varepsilon_0

Appliquons-la successivement à δ=1n\delta = \dfrac{1}{n} pour chaque entier n1n \geq 1. On obtient deux suites (xn)(x_n) et (yn)(y_n) de [a;b][a \,;\, b] telles que

xnyn1netf(xn)f(yn)>ε0\lvert x_n - y_n \rvert \leq \frac{1}{n} \qquad \text{et} \qquad \lvert f(x_n) - f(y_n) \rvert > \varepsilon_0

La suite (xn)(x_n) vit dans [a;b][a \,;\, b], donc elle est bornée : le théorème de Bolzano-Weierstrass fournit une extractrice φ\varphi strictement croissante et un réel cc tels que xφ(n)cx_{\varphi(n)} \to c. Comme [a;b][a \,;\, b] est fermé, la limite cc appartient encore à [a;b][a \,;\, b].

Par encadrement, yφ(n)cy_{\varphi(n)} \to c également, puisque

yφ(n)cyφ(n)xφ(n)+xφ(n)c1φ(n)+xφ(n)cn+0\lvert y_{\varphi(n)} - c \rvert \leq \lvert y_{\varphi(n)} - x_{\varphi(n)} \rvert + \lvert x_{\varphi(n)} - c \rvert \leq \frac{1}{\varphi(n)} + \lvert x_{\varphi(n)} - c \rvert \xrightarrow[n \to +\infty]{} 0

La continuité de ff au seul point cc donne alors f(xφ(n))f(c)f(x_{\varphi(n)}) \to f(c) et f(yφ(n))f(c)f(y_{\varphi(n)}) \to f(c), d'où

f(xφ(n))f(yφ(n))n+0\lvert f(x_{\varphi(n)}) - f(y_{\varphi(n)}) \rvert \xrightarrow[n \to +\infty]{} 0

ce qui contredit la minoration stricte par ε0>0\varepsilon_0 > 0. L'hypothèse de départ est donc absurde, et ff est uniformément continue sur [a;b][a \,;\, b].

Variante par recouvrement

Une seconde démonstration utilise le théorème de Borel-Lebesgue. Pour ε>0\varepsilon > 0, la continuité en chaque point xx donne un δx>0\delta_x > 0 tel que f(y)f(x)ε2\lvert f(y) - f(x) \rvert \leq \tfrac{\varepsilon}{2} dès que yxδx\lvert y - x \rvert \leq \delta_x. Les intervalles ouverts centrés en xx et de rayon δx2\tfrac{\delta_x}{2} recouvrent [a;b][a \,;\, b] ; on en extrait un sous-recouvrement fini indexé par x1,,xmx_1, \dots, x_m, et l'on pose

δ=min(δx12,,δxm2)>0\delta = \min\left(\frac{\delta_{x_1}}{2}, \dots, \frac{\delta_{x_m}}{2}\right) > 0

Ce minimum est strictement positif parce que la famille est finie : c'est exactement là que la compacité intervient. L'inégalité triangulaire permet ensuite de conclure.

Piège classique

Le théorème tombe dès qu'une des deux hypothèses sur l'intervalle disparaît.

Intervalle Exemple Uniformément continue ?
[0;1][0 \,;\, 1], fermé borné xx2x \mapsto x^2 oui, par Heine
]0;1]\left]0 \,;\, 1\right], non fermé x1xx \mapsto \dfrac{1}{x} non
[0;+[\left[0 \,;\, +\infty\right[, non borné xx2x \mapsto x^2 non

Autre confusion fréquente : Heine ne dit rien sur la dérivabilité. La fonction xxx \mapsto \lvert x \rvert sur [1;1][-1 \,;\, 1] n'est pas dérivable en 00 et reste uniformément continue.