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Démontrer le théorème

La preuve par le minimum du module

Pourquoi ce théorème n'est pas algébrique

Une surprise avant tout : aucune démonstration du théorème fondamental de l'algèbre n'est purement algébrique. Toutes utilisent, à un moment, une propriété analytique de R\mathbb{R} — la borne supérieure, la compacité, ou le théorème des valeurs intermédiaires.

C'est inévitable : la construction de R\mathbb{R} à partir de Q\mathbb{Q} est elle-même analytique, et l'énoncé est faux sur des corps qui ressemblent algébriquement à R\mathbb{R} sans en avoir la complétude.

Le comportement à l'infini

Soit P(z)=anzn++a0P(z) = a_n z^n + \cdots + a_0 avec an0a_n \neq 0 et n1n \geq 1. En factorisant le terme dominant :

P(z)=anzn(1+an1anz++a0anzn)P(z) = a_n z^n \left(1 + \frac{a_{n-1}}{a_n z} + \cdots + \frac{a_0}{a_n z^n}\right)

La parenthèse tend vers 11 quand z+\lvert z \rvert \to +\infty, donc

P(z)z++\lvert P(z) \rvert \xrightarrow[\lvert z \rvert \to +\infty]{} +\infty

Il existe ainsi un rayon RR tel que P(z)>P(0)\lvert P(z) \rvert > \lvert P(0) \rvert dès que z>R\lvert z \rvert > R.

Le minimum du module est atteint

Le disque fermé D={zC  :  zR}D = \left\{\, z \in \mathbb{C} \;:\; \lvert z \rvert \leq R \,\right\} est fermé et borné. L'application zP(z)z \mapsto \lvert P(z) \rvert y est continue, donc, par le théorème des bornes atteintes — lui-même conséquence de Bolzano-Weierstrass —, elle y atteint son minimum en un point z0z_0.

Ce minimum sur DD est en fait un minimum sur C\mathbb{C} tout entier : à l'extérieur du disque, P\lvert P \rvert dépasse P(0)\lvert P(0) \rvert, qui est déjà supérieur ou égal au minimum sur DD.

Le lemme de d'Alembert

Si P(z0)0P(z_0) \neq 0, alors tout voisinage de z0z_0 contient un point zz tel que P(z)<P(z0)\lvert P(z) \rvert < \lvert P(z_0) \rvert.

Idée de la démonstration. On écrit PP au voisinage de z0z_0 sous la forme

P(z0+h)=P(z0)+cmhm+(termes de degreˊ>m)P(z_0 + h) = P(z_0) + c_m\,h^m + \left(\text{termes de degré} > m\right)

cmc_m est le premier coefficient non nul après le terme constant. Pour h\lvert h \rvert petit, le terme cmhmc_m h^m domine tout le reste. Il suffit alors de choisir l'argument de hh de manière que cmhmc_m h^m soit de signe opposé à P(z0)P(z_0), c'est-à-dire

arg(h)=arg ⁣(P(z0))arg(cm)+πm\arg(h) = \frac{\arg\!\left(P(z_0)\right) - \arg\left(c_m\right) + \pi}{m}

ce qui est toujours possible dans C\mathbb{C}, puisque tout complexe non nul y admet mm racines mm-ièmes. Le module de PP diminue alors strictement.

C'est exactement ici que C\mathbb{C} fait la différence : dans R\mathbb{R}, on ne dispose pas de cette liberté sur l'argument, et l'argument s'effondre.

Conclusion de la démonstration

Le module P\lvert P \rvert atteint son minimum en z0z_0. Si l'on avait P(z0)0P(z_0) \neq 0, le lemme de d'Alembert fournirait un point voisin où le module serait strictement plus petit, ce qui contredirait la minimalité. Donc

P(z0)=0P(z_0) = 0

et le polynôme admet bien une racine. C'est la démonstration dite de d'Alembert-Argand, la plus élémentaire des nombreuses preuves connues.

Piège classique

Croire que le minimum du module est atteint parce que « C\mathbb{C} est complet ». La complétude ne suffit pas : c'est la compacité du disque fermé borné qui est en jeu, exactement comme dans le théorème des bornes atteintes sur un segment. Sur un disque ouvert, le minimum pourrait très bien n'être jamais atteint.