Démontrer le théorème
Histoire, autres preuves et portée
Deux siècles de démonstrations
| Date | Auteur | Apport |
|---|---|---|
| Roth, Girard | énoncé conjectural : racines pour un degré | |
| d'Alembert | première tentative, avec une lacune analytique | |
| Gauss | thèse de doctorat, argument topologique | |
| Argand | la preuve par le minimum du module | |
| Gauss | deuxième et troisième démonstrations | |
| Gauss | quatrième démonstration, cas des coefficients complexes |
Gauss en donnera quatre au cours de sa vie, la dernière cinquante ans après la première. Le nom français du théorème conserve les deux contributions : d'Alembert pour l'idée, Gauss pour la rigueur.
Les autres voies
Par l'analyse complexe. C'est la démonstration la plus courte. Si ne s'annulait pas, la fonction serait holomorphe sur tout entier et bornée, puisque . Le théorème de Liouville la rendrait constante, donc aussi — ce qui contredit .
Par la topologie. On regarde l'image du cercle de rayon par . Pour grand, cette courbe fait tours autour de l'origine ; pour , elle est réduite à un point. Une racine doit apparaître lorsque l'indice change.
Par l'algèbre et l'analyse. La preuve de Laplace, complétée par Galois, n'utilise de l'analyse que le théorème des valeurs intermédiaires, à travers le fait que tout polynôme réel de degré impair a une racine réelle. Tout le reste est de la théorie des corps.
Ce que le théorème rend possible
| Domaine | Conséquence |
|---|---|
| Réduction des endomorphismes | tout endomorphisme complexe est trigonalisable |
| Intégration | décomposition en éléments simples des fractions rationnelles |
| Équations différentielles linéaires | racines du polynôme caractéristique, donc solutions |
| Traitement du signal | factorisation des filtres en pôles et zéros |
| Arithmétique | irréductibles de : degrés et seulement |
La première ligne est la plus lourde de conséquences : c'est parce que le polynôme caractéristique possède toujours une racine dans que tout endomorphisme d'un espace complexe admet une valeur propre, et donc que la réduction de Jordan existe.
Ce que le théorème ne donne pas
Il ne fournit aucune racine explicite. Abel et Ruffini ont montré qu'aucune formule générale par radicaux n'existe au-delà du degré , et la théorie de Galois explique pourquoi : le groupe de permutations des racines devient non résoluble.
En pratique, on calcule donc les racines numériquement — méthode de Newton, algorithme de Durand-Kerner, valeurs propres de la matrice compagnon — en s'appuyant sur le théorème pour savoir qu'il y a bien quelque chose à trouver.
Piège classique
Utiliser le théorème pour affirmer qu'un polynôme à coefficients réels se factorise en facteurs de degré sur . La factorisation complète en facteurs linéaires a lieu dans ; sur , il subsiste les facteurs quadratiques à discriminant négatif. Vérifiez toujours dans quel ensemble on vous demande de factoriser.

