Pulsars
0 %
Log inSign up

Démontrer le théorème

Histoire, autres preuves et portée

Deux siècles de démonstrations

Date Auteur Apport
16081608 Roth, Girard énoncé conjectural : nn racines pour un degré nn
17461746 d'Alembert première tentative, avec une lacune analytique
17991799 Gauss thèse de doctorat, argument topologique
18061806 Argand la preuve par le minimum du module
18161816 Gauss deuxième et troisième démonstrations
18491849 Gauss quatrième démonstration, cas des coefficients complexes

Gauss en donnera quatre au cours de sa vie, la dernière cinquante ans après la première. Le nom français du théorème conserve les deux contributions : d'Alembert pour l'idée, Gauss pour la rigueur.

Les autres voies

Par l'analyse complexe. C'est la démonstration la plus courte. Si PP ne s'annulait pas, la fonction 1P\dfrac{1}{P} serait holomorphe sur C\mathbb{C} tout entier et bornée, puisque P+\lvert P \rvert \to +\infty. Le théorème de Liouville la rendrait constante, donc PP aussi — ce qui contredit degP1\deg P \geq 1.

Par la topologie. On regarde l'image du cercle de rayon rr par PP. Pour rr grand, cette courbe fait nn tours autour de l'origine ; pour r=0r = 0, elle est réduite à un point. Une racine doit apparaître lorsque l'indice change.

Par l'algèbre et l'analyse. La preuve de Laplace, complétée par Galois, n'utilise de l'analyse que le théorème des valeurs intermédiaires, à travers le fait que tout polynôme réel de degré impair a une racine réelle. Tout le reste est de la théorie des corps.

Ce que le théorème rend possible

Domaine Conséquence
Réduction des endomorphismes tout endomorphisme complexe est trigonalisable
Intégration décomposition en éléments simples des fractions rationnelles
Équations différentielles linéaires racines du polynôme caractéristique, donc solutions
Traitement du signal factorisation des filtres en pôles et zéros
Arithmétique irréductibles de R[X]\mathbb{R}[X] : degrés 11 et 22 seulement

La première ligne est la plus lourde de conséquences : c'est parce que le polynôme caractéristique possède toujours une racine dans C\mathbb{C} que tout endomorphisme d'un espace complexe admet une valeur propre, et donc que la réduction de Jordan existe.

Ce que le théorème ne donne pas

Il ne fournit aucune racine explicite. Abel et Ruffini ont montré qu'aucune formule générale par radicaux n'existe au-delà du degré 44, et la théorie de Galois explique pourquoi : le groupe de permutations des racines devient non résoluble.

En pratique, on calcule donc les racines numériquement — méthode de Newton, algorithme de Durand-Kerner, valeurs propres de la matrice compagnon — en s'appuyant sur le théorème pour savoir qu'il y a bien quelque chose à trouver.

Piège classique

Utiliser le théorème pour affirmer qu'un polynôme à coefficients réels se factorise en facteurs de degré 11 sur R\mathbb{R}. La factorisation complète en facteurs linéaires a lieu dans C[X]\mathbb{C}[X] ; sur R\mathbb{R}, il subsiste les facteurs quadratiques à discriminant négatif. Vérifiez toujours dans quel ensemble on vous demande de factoriser.