Utiliser la loi binomiale
Décider à partir d'un échantillon
La loi binomiale ne sert pas qu'à calculer : elle sert à décider. C'est le point de contact entre les probabilités et la statistique.
Le raisonnement du seuil
Une entreprise annonce que 5 % de ses pièces sont défectueuses. Un lot de 20 pièces en contient 4. Faut-il la croire ?
Étape 1 — supposer l'annonce vraie. Si p = 0,05, alors X ~ B(20 ; 0,05).
Étape 2 — calculer la probabilité de ce qu'on observe, ou de pire.
E(X) = 20 × 0,05 = 1 pièce attendue
P(X ≥ 3) ≈ 0,075 soit 7,5 %
P(X ≥ 4) ≈ 0,016 soit 1,6 %
Étape 3 — décider. Observer 4 défauts n'arriverait que dans 1,6 % des cas si l'annonce était exacte. C'est peu : on est fondé à douter du taux annoncé.
probabilité
| █
| █ █
| █ █ █
| █ █ █ █ ▁ ▁ <- observé ici : très à droite
+--0--1--2--3--4--5---> nombre de défauts
^
zone improbable si p = 0,05
Ce raisonnement — supposer une hypothèse, calculer la probabilité de l'observation sous cette hypothèse, rejeter si elle est trop faible — est le squelette de tout test statistique. Le seuil retenu (souvent 5 %) est une convention, pas une vérité.
Ce que le calcul ne dit pas
Une probabilité faible ne prouve rien : elle rend l'hypothèse peu plausible. Deux erreurs restent possibles :
rejeter une annonce POURTANT VRAIE -> erreur de type I (fausse alerte)
accepter une annonce POURTANT FAUSSE -> erreur de type II (défaut manqué)
Baisser le seuil réduit les fausses alertes mais laisse passer plus de vrais défauts. Aucun réglage ne supprime les deux à la fois : c'est un arbitrage, tranché selon le coût de chaque erreur.
Les domaines d'application
Contrôle qualité : nombre de défauts dans un lot
Sondages : nombre de « oui » dans un échantillon
Essais cliniques : nombre de patients guéris sous traitement
Fiabilité : nombre de composants tombés en panne
Génétique : nombre de descendants portant un caractère
Dans tous ces cas, le modèle est le même : n épreuves indépendantes, deux issues, une probabilité p constante.
Quand ne PAS l'utiliser
C'est aussi important que de savoir l'appliquer :
Tirage SANS remise dans une petite population
-> p change à chaque tirage : c'est la loi HYPERGÉOMÉTRIQUE
-> tolérable si l'échantillon est < 10 % de la population
Épreuves DÉPENDANTES
-> contagion, effet d'entraînement, pièces issues de la même machine
déréglée : l'indépendance tombe, la binomiale sous-estime le risque
Probabilité VARIABLE
-> une machine qui s'use voit son p augmenter avec le temps
Comptage sur une durée, sans nombre d'épreuves fixé
-> appels reçus dans une heure : c'est la loi de POISSON
L'erreur la plus coûteuse dans la pratique est la troisième : supposer l'indépendance quand elle n'existe pas. C'est ce qui a fait sous-estimer le risque de défauts corrélés dans plusieurs crises industrielles et financières — les événements « improbables » cessent de l'être dès qu'ils surviennent ensemble.
En résumé
- On suppose l'hypothèse vraie, on calcule la probabilité de l'observation, on décide.
- Une probabilité faible affaiblit une hypothèse, elle ne la réfute pas.
- Deux erreurs coexistent : fausse alerte et défaut manqué ; on arbitre.
- Applications : qualité, sondages, essais cliniques, fiabilité, génétique.
- Ne pas l'utiliser si le tirage est sans remise en petite population (hypergéométrique), si les épreuves sont dépendantes, ou si
pvarie. - Supposer à tort l'indépendance conduit à sous-estimer les risques.

