Suites extraites et segments emboîtés
Suites extraites et extractrices
Ce qu'est une suite extraite
Une suite extraite — ou sous-suite — de s'obtient en ne gardant que certains termes, sans jamais revenir en arrière. Formellement, on se donne une application
et l'on considère la suite . L'application s'appelle une extractrice.
Exemple : avec , on extrait les termes de rang pair ; avec , on extrait
Le lemme de base
Si est strictement croissante, alors pour tout .
Preuve par récurrence. On a car est à valeurs entières positives. Si , la stricte croissance donne , donc puisqu'il s'agit d'entiers.
Ce lemme minuscule sert partout : c'est lui qui garantit que l'extraction « avance » vers l'infini, donc qu'une sous-suite est bien une suite de termes de plus en plus lointains.
Ce que les sous-suites conservent
| Propriété de | Vraie pour ? |
|---|---|
| converge vers | oui, vers le même |
| bornée | oui, par les mêmes bornes |
| tend vers | oui |
| croissante | oui |
| diverge | pas nécessairement |
La première ligne est la plus utile, et sa contraposée encore davantage : si l'on exhibe deux sous-suites de limites différentes, la suite ne converge pas.
Exemple canonique : pour , on a et . Ces deux limites diffèrent, donc diverge — sans jamais avoir eu à manipuler la définition de la convergence.
Le critère pair-impair
Réciproquement, si et convergent vers la même limite , alors converge vers : tout rang est pair ou impair, donc les deux majorations se recollent.
Attention, il faut vraiment que les deux extractions recouvrent tous les rangs. Savoir que et convergent vers ne suffit pas : le rang , par exemple, n'est atteint par aucune des deux.
Piège classique
Croire qu'une extractrice doit être surjective, c'est-à-dire atteindre tous les entiers. C'est faux : saute le rang , et est pourtant une suite extraite parfaitement légitime. La seule contrainte est la stricte croissance — c'est elle qu'il faudra vérifier avec soin dans la construction du chapitre suivant.

