Suites extraites et segments emboîtés
Dichotomie et théorème des segments emboîtés
Le principe de dichotomie
Couper un segment en deux, garder une moitié, recommencer : la longueur est divisée par à chaque étape. Partant de , le segment obtenu après coupes a pour longueur
Sur , la décroissance est spectaculaire :
La barre marquée est la première dont la longueur descend sous : dix coupes suffisent, puisque .
Le théorème des segments emboîtés
Soit une suite de segments emboîtés, c'est-à-dire vérifiant pour tout , et tels que . Alors il existe un unique réel appartenant à tous ces segments, et , .
Démonstration. L'emboîtement se traduit par : la suite est croissante, la suite est décroissante, et pour tout .
La suite est donc croissante et majorée par : elle converge vers un réel . De même est décroissante et minorée par , donc converge vers un réel . Enfin
d'où . Le passage à la limite dans — licite car croît vers et décroît vers — montre que appartient à chaque segment. Et si y appartenait aussi, on aurait , donc .
Autrement dit, les deux suites et sont adjacentes, et leur limite commune est le seul point de l'intersection :
Les deux hypothèses sont indispensables
| Suite d'intervalles | Emboîtés | Longueur vers | Intersection |
|---|---|---|---|
| oui | non | , pas un point | |
| , non fermés | oui | oui | vide |
| oui | oui |
La deuxième ligne mérite qu'on s'y arrête : ce sont des intervalles ouverts, et l'intersection est vide. Le théorème vaut pour des segments, donc pour des intervalles fermés et bornés — la même exigence de compacité que dans le théorème de Heine.
Piège classique
Écrire directement « les segments emboîtés convergent vers un point » sans vérifier que la longueur tend vers . Sans cette hypothèse, l'intersection est encore non vide, mais c'est un segment, pas un singleton. La dichotomie, elle, fournit gratuitement la décroissance en : c'est précisément pour cela qu'elle est l'outil de construction du théorème de Bolzano-Weierstrass.

