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Suites extraites et segments emboîtés

Dichotomie et théorème des segments emboîtés

Le principe de dichotomie

Couper un segment en deux, garder une moitié, recommencer : la longueur est divisée par 22 à chaque étape. Partant de [a;b][a \,;\, b], le segment obtenu après nn coupes a pour longueur

bnan=ba2nn+0b_n - a_n = \frac{b - a}{2^n} \xrightarrow[n \to +\infty]{} 0

Sur [0;1][0 \,;\, 1], la décroissance est spectaculaire :

012345678910longueur du segmentnombre de dichotomies

La barre marquée est la première dont la longueur descend sous 10310^{-3} : dix coupes suffisent, puisque 210=1024>10002^{10} = 1024 > 1000.

Le théorème des segments emboîtés

Soit ([an;bn])nN\left([a_n \,;\, b_n]\right)_{n \in \mathbb{N}} une suite de segments emboîtés, c'est-à-dire vérifiant [an+1;bn+1][an;bn][a_{n+1} \,;\, b_{n+1}] \subset [a_n \,;\, b_n] pour tout nn, et tels que bnan0b_n - a_n \to 0. Alors il existe un unique réel cc appartenant à tous ces segments, et anca_n \to c, bncb_n \to c.

Démonstration. L'emboîtement se traduit par anan+1bn+1bna_n \leq a_{n+1} \leq b_{n+1} \leq b_n : la suite (an)(a_n) est croissante, la suite (bn)(b_n) est décroissante, et anbnb0a_n \leq b_n \leq b_0 pour tout nn.

La suite (an)(a_n) est donc croissante et majorée par b0b_0 : elle converge vers un réel cc. De même (bn)(b_n) est décroissante et minorée par a0a_0, donc converge vers un réel cc'. Enfin

cc=limn+(bnan)=0c' - c = \lim_{n \to +\infty} \left(b_n - a_n\right) = 0

d'où c=cc = c'. Le passage à la limite dans ancbna_n \leq c \leq b_n — licite car (an)(a_n) croît vers cc et (bn)(b_n) décroît vers cc — montre que cc appartient à chaque segment. Et si dd y appartenait aussi, on aurait dcbnan0\lvert d - c \rvert \leq b_n - a_n \to 0, donc d=cd = c.

Autrement dit, les deux suites (an)(a_n) et (bn)(b_n) sont adjacentes, et leur limite commune est le seul point de l'intersection :

nN[an;bn]={c}\bigcap_{n \in \mathbb{N}} \left[a_n \,;\, b_n\right] = \{c\}

Les deux hypothèses sont indispensables

Suite d'intervalles Emboîtés Longueur vers 00 Intersection
[0;1+1n]\left[0 \,;\, 1 + \tfrac{1}{n}\right] oui non [0;1][0 \,;\, 1], pas un point
]0;1n[\left]0 \,;\, \tfrac{1}{n}\right[, non fermés oui oui vide
[1n;1n]\left[\tfrac{-1}{n} \,;\, \tfrac{1}{n}\right] oui oui {0}\{0\}

La deuxième ligne mérite qu'on s'y arrête : ce sont des intervalles ouverts, et l'intersection est vide. Le théorème vaut pour des segments, donc pour des intervalles fermés et bornés — la même exigence de compacité que dans le théorème de Heine.

Piège classique

Écrire directement « les segments emboîtés convergent vers un point » sans vérifier que la longueur tend vers 00. Sans cette hypothèse, l'intersection est encore non vide, mais c'est un segment, pas un singleton. La dichotomie, elle, fournit gratuitement la décroissance en ba2n\dfrac{b-a}{2^n} : c'est précisément pour cela qu'elle est l'outil de construction du théorème de Bolzano-Weierstrass.