Mémoire immunitaire et médecine
Quand le système immunitaire se trompe
Un système capable d'attaquer peut aussi attaquer ce qu'il ne faut pas, ou ne plus attaquer du tout. Trois catégories de défaillances éclairent son fonctionnement normal.
Les allergies : une réaction disproportionnée
antigène INOFFENSIF (pollen, acarien, arachide)
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réponse immunitaire EXCESSIVE
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éternuements, urticaire, asthme -> jusqu'au choc anaphylactique
Le système ne se trompe pas de cible au sens strict : il réagit à une cible réelle mais inoffensive, avec une intensité sans rapport avec le danger. Le dommage vient de la réponse, non de l'allergène.
Les allergies ont fortement augmenté dans les pays industrialisés depuis cinquante ans. L'hypothèse hygiéniste propose une explication : un système immunitaire peu sollicité dans l'enfance calibrerait mal ses réponses. Elle est étayée par plusieurs études — les enfants élevés en milieu agricole sont nettement moins allergiques — sans être pour autant démontrée.
L'auto-immunité : l'erreur de tri
le système attaque le SOI, pris pour du non-soi
diabète de type 1 destruction des cellules du pancréas produisant l'insuline
sclérose en plaques attaque de la gaine des neurones
polyarthrite attaque des articulations
Ces maladies illustrent, par la négative, l'importance de la tolérance au soi : pendant leur maturation, les lymphocytes reconnaissant les molécules de l'organisme sont normalement éliminés. Une défaillance de ce tri, et le système se retourne contre son porteur.
Les immunodéficiences
CONGÉNITALES défaut génétique, rares
ACQUISES VIH, chimiothérapie, immunosuppresseurs, dénutrition
Le VIH est particulièrement instructif : il infecte les lymphocytes T auxiliaires, c'est-à-dire les cellules qui coordonnent toute la réponse adaptative. En détruisant le chef d'orchestre, il paralyse l'ensemble.
T auxiliaires détruits
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ni B ni T cytotoxiques correctement activés
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infections opportunistes par des germes normalement inoffensifs
Le sida ne tue donc pas directement : il laisse mourir d'autres infections.
Les greffes et le rejet
Une greffe est du non-soi : le système la traite comme un intrus.
greffon avec un CMH différent -> reconnu comme étranger -> REJET
D'où deux exigences : chercher un donneur au CMH compatible, et administrer des immunosuppresseurs à vie. Ces derniers créent un dilemme permanent — trop peu, le greffon est rejeté ; trop, le patient devient vulnérable aux infections.
Antibiotiques et antiviraux : ne pas confondre
ANTIBIOTIQUE agit sur les BACTÉRIES (paroi, ribosomes, ADN bactérien)
-> AUCUN effet sur les virus
ANTIVIRAL bloque une étape du cycle viral
-> beaucoup plus difficile à concevoir : le virus utilise
la machinerie de nos propres cellules
Prendre un antibiotique pour une grippe ou un rhume est donc inutile — et nuisible : cela détruit la flore et sélectionne des bactéries résistantes. L'antibiorésistance est aujourd'hui l'une des principales menaces sanitaires identifiées par l'OMS, avec des projections de plusieurs millions de morts annuels d'ici 2050.
En résumé
- Allergie : réponse excessive à un antigène inoffensif ; le dommage vient de la réponse.
- Auto-immunité : le système attaque le soi, faute de tolérance.
- Immunodéficience : le VIH détruit les T auxiliaires, coordinateurs de la réponse.
- Greffe : un CMH différent provoque le rejet ; d'où les immunosuppresseurs.
- Les antibiotiques n'agissent pas sur les virus.
- Leur usage inutile sélectionne des bactéries résistantes.

