Se défendre contre les microbes

Les barrières et l'immunité innée

Nous vivons entourés de micro-organismes, et nous en portons davantage que nous n'avons de cellules. Pourtant nous tombons rarement malades : un système de défense trie en permanence ce qui appartient à l'organisme et ce qui lui est étranger.

Les barrières, première ligne

Avant toute réaction, il y a des obstacles physiques et chimiques :

PEAU            barrière mécanique, sèche et acide (pH ≈ 5,5)
MUQUEUSES       mucus qui piège, cils qui évacuent
LARMES, SALIVE  contiennent le lysozyme, une enzyme qui détruit les bactéries
ACIDITÉ         l'estomac à pH 2 stérilise l'essentiel de ce qui est avalé
FLORE           les bactéries commensales occupent la place et les ressources

La flore mérite une mention particulière : elle protège par simple occupation du terrain. C'est pourquoi un traitement antibiotique, qui la détruit avec le reste, favorise les infections opportunistes — mycoses, ou colites à Clostridium difficile.

Reconnaître le non-soi

Toute défense suppose une capacité de tri :

SOI       les cellules de l'organisme, portant ses marqueurs propres
NON-SOI   bactéries, virus, cellules greffées, cellules cancéreuses

Les cellules du corps arborent des marqueurs de surface, le CMH (complexe majeur d'histocompatibilité), qui fonctionnent comme une carte d'identité moléculaire. Ce qui n'en présente pas — ou en présente d'autres — déclenche la défense.

L'immunité innée : rapide et non spécifique

IMMUNITÉ INNÉE
   présente dès la naissance
   agit en QUELQUES MINUTES
   traite tous les intrus DE LA MÊME FAÇON
   ne garde AUCUN souvenir

Son acteur principal est le phagocyte, cellule capable d'ingérer et de digérer un intrus :

   1. adhésion        2. ingestion       3. digestion      4. rejet
       ●                  (●)               (·)              ○
     [cell]             [cell]            [cell]           [cell]

Ce mécanisme, la phagocytose, a été décrit par Metchnikoff en 1882 — il l'a observé en piquant une larve d'étoile de mer avec une épine de rosier et en constatant que des cellules mobiles venaient entourer le corps étranger.

La réaction inflammatoire

C'est la manifestation visible de l'immunité innée. Quatre signes, décrits dès l'Antiquité :

ROUGEUR   \
CHALEUR    |   vasodilatation : plus de sang arrive sur place
GONFLEMENT |   passage de plasma et de cellules dans les tissus
DOULEUR   /    substances irritant les terminaisons nerveuses

Contrairement à l'intuition, l'inflammation n'est pas la maladie : c'est la réponse. Rougeur et gonflement signalent l'afflux des défenses. La supprimer systématiquement par des anti-inflammatoires soulage, mais peut aussi ralentir la résolution de l'infection.

De même, la fièvre est un mécanisme de défense : elle ralentit la multiplication de nombreux micro-organismes et accélère les réactions immunitaires. Une fièvre modérée n'est pas à combattre à tout prix.

En résumé

  • Les barrières (peau, muqueuses, acidité, flore) bloquent l'essentiel des intrus.
  • La défense repose sur la distinction soi / non-soi, via les marqueurs CMH.
  • L'immunité innée est immédiate, non spécifique et sans mémoire.
  • La phagocytose ingère et digère les intrus.
  • La réaction inflammatoire (rougeur, chaleur, gonflement, douleur) est une réponse, pas la maladie.
  • La fièvre est un mécanisme de défense, pas seulement un symptôme.