Modéliser une expérience aléatoire
Les règles de calcul des probabilités
Une fois le modèle posé, quelques règles suffisent à calculer n'importe quelle probabilité. Elles se démontrent toutes en comptant des issues.
Les règles de base
0 ≤ P(A) ≤ 1 une probabilité n'est jamais négative ni > 1
P(Ω) = 1 quelque chose se produit forcément
P(∅) = 0 l'événement impossible
L'événement contraire
P(Ā) = 1 - P(A)
C'est la règle la plus rentable du chapitre. Dès qu'un énoncé contient « au moins un », il faut y penser : le contraire de « au moins un » est « aucun », presque toujours plus simple à compter.
« Obtenir au moins un 6 en lançant trois dés »
directement : au moins un 6 = exactement un, ou deux, ou trois -> 3 calculs
par le contraire : aucun 6 -> (5/6)³ = 125/216
P(au moins un 6) = 1 - 125/216 = 91/216 ≈ 0,42
La formule de la réunion
P(A ∪ B) = P(A) + P(B) - P(A ∩ B)
On retranche P(A ∩ B) parce que les issues communes ont été comptées deux fois, une fois dans chaque paquet.
______________________
| ___ ___ |
| / A \_____/ B \ | la zone du milieu appartient
| | (#####) | | aux deux : comptée deux fois
| \___/-----\___/ | dans P(A) + P(B)
|______________________|
Quand A et B sont incompatibles (A ∩ B = ∅), la formule se simplifie :
P(A ∪ B) = P(A) + P(B)
Un exemple chiffré : dans une classe, 50 % des élèves font de l'allemand, 30 % de l'espagnol, 20 % font les deux.
P(allemand OU espagnol) = 0,50 + 0,30 - 0,20 = 0,60
Ce n'est pas 0,80 : les bilingues ne comptent qu'une fois.
La méthode, en quatre étapes
1. décrire l'univers Ω et compter ses issues
2. vérifier si l'équiprobabilité est justifiée
3. traduire l'énoncé en événements (∩, ∪, contraire)
4. compter les issues favorables, ou passer par le contraire
Deux pièges classiques
Le tableau à double entrée. Pour deux dés, on gagne à représenter les 36 couples :
1 2 3 4 5 6
1 2 3 4 5 6 7
2 3 4 5 6 7 8
3 4 5 6 7 8 9 chaque case = 1 issue sur 36
4 5 6 7 8 9 10 (somme des deux dés)
5 6 7 8 9 10 11
6 7 8 9 10 11 12
On y lit d'un coup que la somme 7 apparaît 6 fois (la diagonale), et la somme 12 une seule.
Confondre « issues » et « valeurs ». Il y a 11 sommes possibles, mais elles ne sont pas équiprobables : écrire P(somme = 7) = 1/11 est faux. C'est l'erreur — célèbre — que commit d'Alembert lui-même sur un problème analogue.
En résumé
P(Ā) = 1 - P(A): le réflexe des énoncés « au moins un ».P(A ∪ B) = P(A) + P(B) - P(A ∩ B): on ne compte pas deux fois l'intersection.- Si
AetBsont incompatibles, la formule se réduit àP(A) + P(B). - Un tableau à double entrée rend visibles les issues d'une expérience à deux étapes.
- Ne jamais confondre le nombre de valeurs avec le nombre d'issues.

