La diagonale et ses conséquences
R n'est pas dénombrable
Énoncé
Théorème de Cantor. L'ensemble n'est pas dénombrable.
Autrement dit, il n'existe aucune bijection de sur : l'infini des réels est strictement plus grand que celui des entiers. Cantor publie ce résultat en 1874, puis en donne en 1891 la démonstration devenue célèbre, l'argument diagonal.
Il suffit de traiter l'intervalle , car s'il n'est pas dénombrable, qui le contient ne l'est pas davantage.
L'argument diagonal
Raisonnement par l'absurde. Supposons dénombrable. Il existe alors une énumération de tous ses éléments. Écrivons le développement décimal propre de chacun, en notant le -ième chiffre après la virgule de :
| Rang | Développement décimal | Chiffre diagonal |
|---|---|---|
Construction du réel fuyant. On fabrique un nombre de en imposant à son -ième chiffre décimal d'être différent de :
Sur l'exemple,
Contradiction. Le réel appartient bien à . Pourtant, pour tout , il diffère de à la -ième décimale, donc . L'énumération, censée contenir tous les éléments, en oublie un : elle n'existe pas. L'intervalle n'est pas dénombrable, ni .
Pourquoi les chiffres et
Ce choix n'est pas cosmétique. Un même réel peut avoir deux développements décimaux, comme
Si l'on autorisait les chiffres et dans la construction, le nombre obtenu pourrait coïncider avec un malgré des développements différents, et l'argument s'effondrerait. En n'employant que et , on évite toute suite se terminant par une infinité de ou de : le développement de est propre, et la comparaison chiffre à chiffre est licite.
La forme générale : le théorème de Cantor
Le même argument, appliqué aux fonctions indicatrices, donne un résultat bien plus fort :
Pour tout ensemble , il n'existe aucune surjection de sur l'ensemble de ses parties.
Démonstration. Soit . Posons . Si avait un antécédent , alors , ce qui est contradictoire. L'ensemble n'a donc pas d'antécédent, et n'est pas surjective.
En partant de , on obtient ainsi une suite strictement croissante d'infinis : il n'y a pas de plus grand cardinal.
Piège classique
Objecter « il suffit d'ajouter à la liste ». C'est mal lire le raisonnement : on ne construit pas un nombre manquant dans une liste particulière, on montre que toute énumération en oublie un. Ajouter produit une nouvelle énumération, à laquelle le même procédé appliquera aussitôt un nouveau nombre fuyant.

