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La diagonale et ses conséquences

R n'est pas dénombrable

Énoncé

Théorème de Cantor. L'ensemble R\mathbb{R} n'est pas dénombrable.

Autrement dit, il n'existe aucune bijection de N\mathbb{N} sur R\mathbb{R} : l'infini des réels est strictement plus grand que celui des entiers. Cantor publie ce résultat en 1874, puis en donne en 1891 la démonstration devenue célèbre, l'argument diagonal.

Il suffit de traiter l'intervalle [0;1[\left[0 \,;\, 1\right[, car s'il n'est pas dénombrable, R\mathbb{R} qui le contient ne l'est pas davantage.

L'argument diagonal

Raisonnement par l'absurde. Supposons [0;1[\left[0 \,;\, 1\right[ dénombrable. Il existe alors une énumération x0,x1,x2,x_0, x_1, x_2, \ldots de tous ses éléments. Écrivons le développement décimal propre de chacun, en notant an,ka_{n,k} le kk-ième chiffre après la virgule de xnx_n :

Rang Développement décimal Chiffre diagonal
00 0,14150{,}\mathbf{1}\,4\,1\,5\ldots a0,0=1a_{0,0} = 1
11 0,71820{,}7\,\mathbf{1}\,8\,2\ldots a1,1=1a_{1,1} = 1
22 0,57720{,}5\,7\,\mathbf{7}\,2\ldots a2,2=7a_{2,2} = 7
33 0,30100{,}3\,0\,1\,\mathbf{0}\ldots a3,3=0a_{3,3} = 0

Construction du réel fuyant. On fabrique un nombre yy de [0;1[\left[0 \,;\, 1\right[ en imposant à son kk-ième chiffre décimal bkb_k d'être différent de ak,ka_{k,k} :

bk={5si ak,k54si ak,k=5b_k = \begin{cases} 5 & \text{si } a_{k,k} \neq 5 \\ 4 & \text{si } a_{k,k} = 5 \end{cases}

Sur l'exemple, y=0,5545y = 0{,}5545\ldots

Contradiction. Le réel yy appartient bien à [0;1[\left[0 \,;\, 1\right[. Pourtant, pour tout nn, il diffère de xnx_n à la nn-ième décimale, donc yxny \neq x_n. L'énumération, censée contenir tous les éléments, en oublie un : elle n'existe pas. L'intervalle [0;1[\left[0 \,;\, 1\right[ n'est pas dénombrable, ni R\mathbb{R}.

Pourquoi les chiffres 44 et 55

Ce choix n'est pas cosmétique. Un même réel peut avoir deux développements décimaux, comme

0,4999=0,50000{,}4999\ldots = 0{,}5000\ldots

Si l'on autorisait les chiffres 00 et 99 dans la construction, le nombre yy obtenu pourrait coïncider avec un xnx_n malgré des développements différents, et l'argument s'effondrerait. En n'employant que 44 et 55, on évite toute suite se terminant par une infinité de 00 ou de 99 : le développement de yy est propre, et la comparaison chiffre à chiffre est licite.

La forme générale : le théorème de Cantor

Le même argument, appliqué aux fonctions indicatrices, donne un résultat bien plus fort :

Pour tout ensemble EE, il n'existe aucune surjection de EE sur l'ensemble P(E)\mathcal{P}(E) de ses parties.

Démonstration. Soit f:EP(E)f : E \to \mathcal{P}(E). Posons D={xE  :  xf(x)}D = \left\{\, x \in E \;:\; x \notin f(x) \,\right\}. Si DD avait un antécédent dd, alors dD    df(d)=Dd \in D \iff d \notin f(d) = D, ce qui est contradictoire. L'ensemble DD n'a donc pas d'antécédent, et ff n'est pas surjective.

En partant de N\mathbb{N}, on obtient ainsi une suite strictement croissante d'infinis : il n'y a pas de plus grand cardinal.

Piège classique

Objecter « il suffit d'ajouter yy à la liste ». C'est mal lire le raisonnement : on ne construit pas un nombre manquant dans une liste particulière, on montre que toute énumération en oublie un. Ajouter yy produit une nouvelle énumération, à laquelle le même procédé appliquera aussitôt un nouveau nombre fuyant.