Pulsars
0 %
Log inSign up

Compter l'infini

Pourquoi les rationnels se numérotent

Numéroter les couples d'entiers

Le point de départ est l'énumération de N2\mathbb{N}^2 par diagonales successives. On parcourt d'abord les couples dont la somme des coordonnées vaut 00, puis 11, puis 22, et ainsi de suite. Chaque diagonale ne contient qu'un nombre fini de couples, donc le parcours atteint tout couple en un temps fini.

Diagonale i+ji + j Couples parcourus Rangs attribués
00 (0,0)(0,0) 00
11 (0,1)(0,1), (1,0)(1,0) 11, 22
22 (0,2)(0,2), (1,1)(1,1), (2,0)(2,0) 33, 44, 55
33 (0,3)(0,3), (1,2)(1,2), (2,1)(2,1), (3,0)(3,0) 66 à 99

La formule de couplage de Cantor donne le rang explicitement :

π(i,j)=(i+j)(i+j+1)2+i\pi(i, j) = \frac{(i + j)(i + j + 1)}{2} + i

C'est une bijection de N2\mathbb{N}^2 sur N\mathbb{N} : N2\mathbb{N}^2 est dénombrable.

Q\mathbb{Q} est dénombrable

Tout rationnel strictement positif s'écrit de manière unique pq\dfrac{p}{q} sous forme irréductible, avec pp et qq entiers strictement positifs premiers entre eux. L'application

pq(p,q)\frac{p}{q} \longmapsto (p, q)

est donc injective de Q+\mathbb{Q}_+^* dans N2\mathbb{N}^2, qui est dénombrable. Une partie infinie d'un ensemble dénombrable étant dénombrable, Q+\mathbb{Q}_+^* l'est aussi.

On conclut en recollant les morceaux : Q\mathbb{Q} est la réunion de Q+\mathbb{Q}_+^*, de Q\mathbb{Q}_-^* et de {0}\{0\}, donc une réunion finie d'ensembles dénombrables — elle est dénombrable.

Une énumération concrète

On peut aussi énumérer les rationnels positifs par hauteur croissante, en appelant hauteur la somme p+qp + q de la forme irréductible, et en ordonnant à hauteur égale par numérateur croissant :

11, 12, 21, 13, 31, 14, 23, 32, 41, \frac{1}{1},\ \frac{1}{2},\ \frac{2}{1},\ \frac{1}{3},\ \frac{3}{1},\ \frac{1}{4},\ \frac{2}{3},\ \frac{3}{2},\ \frac{4}{1},\ \ldots

Les fractions non irréductibles, comme 22\dfrac{2}{2}, sont sautées pour éviter les répétitions. Chaque hauteur ne donnant qu'un nombre fini de fractions, tout rationnel finit par apparaître, une seule fois.

Les nombres algébriques aussi

Le même argument porte plus loin qu'on ne croit. Un nombre algébrique est racine d'un polynôme non nul à coefficients entiers. Or, pour un degré nn et une borne HH fixés, il n'existe qu'un nombre fini de polynômes à coefficients entiers majorés par HH, chacun ayant au plus nn racines.

L'ensemble des nombres algébriques est donc une union dénombrable d'ensembles finis : il est dénombrable. Cette remarque, jointe au chapitre suivant, produira un résultat spectaculaire.

Piège classique

Proposer comme énumération de Q+\mathbb{Q}_+^* le parcours « d'abord tous les 1q\dfrac{1}{q}, puis tous les 2q\dfrac{2}{q}, et ainsi de suite ». Cette liste ne termine jamais la première ligne, donc n'atteint jamais 21\dfrac{2}{1} : ce n'est pas une énumération. Une bonne bijection doit assigner à chaque élément un rang fini, ce que garantit le découpage en tranches finies — diagonales ou hauteurs.