Casser une substitution
L'analyse de fréquences
La méthode qui casse toutes les substitutions simples a été décrite au IXe siècle par le savant arabe Al-Kindi. Elle est d'une simplicité désarmante.
Le principe
- Compter combien de fois chaque lettre apparaît dans le message chiffré.
- Comparer ce classement à celui de la langue supposée.
- Poser les correspondances les plus probables, puis ajuster.
Les fréquences du français
| Lettre | Fréquence |
|---|---|
| E | ~15 % |
| A | ~8 % |
| S | ~8 % |
| I | ~7 % |
| N | ~7 % |
| T | ~7 % |
E domine très largement : dans un texte français un peu long, c'est presque toujours la lettre la plus fréquente.
En pratique
Sur un message chiffré de quelques centaines de lettres, la lettre la plus fréquente est presque sûrement E. On la remplace, et des mots partiels apparaissent :
_E _E___GE E_T _L_IR
À partir de là, on devine LE MESSAGE EST CLAIR de proche en proche. Chaque hypothèse juste en révèle d'autres : l'analyse s'accélère toute seule.
Une limite honnête
La méthode a besoin de matière. Sur trois mots, les fréquences ne veulent rien dire et l'attaque échoue. C'est pourquoi les messages très courts résistent — non par solidité du chiffre, mais par manque de statistiques exploitables.
À retenir : ce n'est pas la taille de la clé qui protège, c'est l'absence de structure dans le message chiffré.

