Une clé garantie par la physique
L'idée : le principe d'incertitude protège la clé
La cryptographie classique repose sur des mathématiques difficiles à calculer. La distribution quantique de clés (QKD, Quantum Key Distribution) change de terrain : elle fait reposer la sécurité sur les lois de la physique quantique, pas sur la puissance de calcul d'un adversaire.
Le but exact de la QKD
La QKD ne chiffre pas les messages. Son unique rôle est de permettre à Alice et Bob de partager une clé secrète dont ils sont certains qu'aucun espion n'a pris connaissance. Une fois cette clé établie, ils l'utilisent avec un chiffrement classique (masque jetable, AES).
Ce qui la rend spéciale : toute tentative d'interception est détectable. Ce n'est pas qu'un espion aurait du mal à casser la clé — c'est qu'il ne peut pas l'observer sans laisser une trace mesurable.
Coder un bit dans un photon
L'information circule sous forme de photons (grains de lumière) dont on règle la polarisation (l'orientation de l'oscillation). Par exemple :
- polarisation verticale = bit 0, horizontale = bit 1 ;
- ou polarisation à 45° = bit 0, à 135° = bit 1.
Deux lois qui protègent la clé
Deux principes physiques rendent l'espionnage détectable :
- Le principe d'incertitude : mesurer un état quantique le perturbe. On ne peut pas observer un photon « en douce » : la mesure modifie l'état mesuré.
- Le théorème de non-clonage : il est impossible de copier un état quantique inconnu. Un espion ne peut donc pas dupliquer le photon pour en garder une copie et transmettre l'original intact.
Pourquoi un espion est piégé
Alice canal quantique Bob
[photon polarisé] ───────────────────────────► [mesure]
Si Ève s'intercale :
Alice ──► [ Ève mesure ] ──► [ Ève renvoie ] ──► Bob
│ │
perturbe l'état ne peut pas cloner
(incertitude) (non-clonage)
│
=> introduit des erreurs détectables
Ève ne peut ni copier le photon (non-clonage), ni le mesurer sans le perturber (incertitude). Quel que soit son choix, elle laisse des traces qu'Alice et Bob pourront repérer.
Une garantie d'un genre nouveau
Avec RSA, la sécurité est calculatoire : elle suppose qu'un problème est trop long à résoudre. Avec la QKD, la sécurité est physique : elle découle de propriétés fondamentales de la nature, indépendamment de la puissance de l'adversaire.
En résumé
La QKD partage une clé secrète en codant des bits dans la polarisation de photons. Grâce au principe d'incertitude (mesurer perturbe) et au théorème de non-clonage (copier est impossible), toute interception laisse une trace détectable. La sécurité repose sur la physique, non sur la difficulté de calcul.

