Qui mange qui : les réseaux trophiques
Le flux d'énergie et la pyramide écologique
Si l'on suit non plus la matière mais l'énergie, une règle brutale apparaît : à chaque étage, l'essentiel disparaît.
La règle des 10 %
producteurs 10 000 unités d'énergie
| ~ 10 %
v
herbivores 1 000
| ~ 10 %
v
carnivores I 100
| ~ 10 %
v
carnivores II 10
Où passent les 90 % perdus ?
- une grande part n'est pas CONSOMMÉE (racines, bois, cadavres non mangés)
- une part n'est pas DIGÉRÉE et repart en excréments
- l'essentiel du reste est brûlé par la RESPIRATION, dissipé en chaleur
Le pourcentage réel varie de 5 à 20 % selon les milieux, mais l'ordre de grandeur tient : on perd environ 90 % à chaque niveau.
La pyramide écologique
▲ carnivores II 10
▲▲▲▲ carnivores I 100
▲▲▲▲▲▲▲▲▲▲ herbivores 1 000
▲▲▲▲▲▲▲▲▲▲▲▲▲▲▲▲▲▲ producteurs 10 000
Deux conséquences directes :
Les chaînes sont courtes. Au-delà de quatre ou cinq maillons, il ne reste plus assez d'énergie pour nourrir un niveau supplémentaire. C'est une contrainte thermodynamique, pas une coïncidence biologique.
Les super-prédateurs sont rares. Il faut une immense base de production pour entretenir quelques individus au sommet. C'est aussi pourquoi ils sont les premiers à disparaître quand un écosystème se dégrade.
L'application à l'alimentation humaine
1 hectare cultivé en céréales, consommé DIRECTEMENT
-> nourrit environ 10 fois plus de personnes que
1 hectare de céréales donné à du bétail, puis consommé en viande
Le passage par un niveau trophique supplémentaire coûte environ 90 % de l'énergie. Ce calcul, purement énergétique, sous-tend l'essentiel des analyses sur l'usage des terres agricoles — indépendamment de toute considération morale ou culturelle.
La bioaccumulation : ce qui, au contraire, se concentre
L'énergie se dilue en montant la pyramide. Certaines substances font exactement l'inverse.
eau 0,000 003 ppm de DDT
phytoplancton 0,000 4 ppm ×130
petits poissons 0,5 ppm ×1000
gros poissons 2 ppm ×4
oiseaux pêcheurs 25 ppm ×12
facteur total : environ 10 millions
Les polluants liposolubles — DDT, mercure, PCB — ne sont ni excrétés ni dégradés : ils s'accumulent dans les graisses. Un prédateur ingère tout ce qu'ont accumulé ses proies au cours de leur vie.
C'est ce mécanisme qui a failli faire disparaître le pygargue à tête blanche aux États-Unis — le DDT fragilisait les coquilles d'œufs — et qui explique les recommandations limitant la consommation de gros poissons prédateurs, thon ou espadon, à cause du mercure.
En résumé
- Environ 90 % de l'énergie est perdue à chaque niveau trophique.
- Pertes : parties non consommées, non digérées, et surtout respiration.
- D'où la pyramide écologique, et des chaînes de 4 ou 5 maillons au maximum.
- Les super-prédateurs sont nécessairement rares.
- Manger un végétal directement est ~10 fois plus efficace que de passer par un animal.
- À l'inverse, les polluants liposolubles se concentrent en montant la chaîne.

