Au-delà de Mendel
Les cas qui débordent les lois de Mendel
Les lois de Mendel décrivent le cas le plus simple. La plupart des caractères réels y échappent — sans les contredire.
La dominance incomplète
Chez la belle-de-nuit, le croisement d'une fleur rouge et d'une blanche donne des fleurs roses : aucun allèle ne domine complètement.
R//R rouge R//b ROSE b//b blanc
F2 : 1 rouge : 2 roses : 1 blanc rapport 1:2:1
(et non 3:1)
Le phénotype hétérozygote est intermédiaire. Contrairement à ce qu'on croyait au XIXᵉ siècle, il ne s'agit pas d'un « mélange » définitif des caractères : la F2 fait réapparaître le rouge et le blanc purs, ce qui prouve que les allèles ne se sont pas fondus.
La codominance : les groupes sanguins
Ici, les deux allèles s'expriment pleinement et simultanément.
allèles : A, B (codominants entre eux) et O (récessif)
génotype phénotype
------------ ---------
A//A ou A//O groupe A
B//B ou B//O groupe B
A//B groupe AB <- les DEUX s'expriment
O//O groupe O
Ce système illustre aussi les allèles multiples : le gène existe en trois versions dans la population, même si chaque individu n'en porte que deux.
Une conséquence pratique : deux parents de groupes A et B peuvent avoir des enfants des quatre groupes, si tous deux sont hétérozygotes.
L'hérédité liée au sexe
Certains gènes sont portés par le chromosome X, dont les hommes n'ont qu'un exemplaire.
femme : X X deux allèles -> un allèle récessif peut être MASQUÉ
homme : X Y un seul -> tout allèle porté par X S'EXPRIME
D'où une asymétrie frappante :
daltonisme : environ 8 % des hommes, 0,4 % des femmes
hémophilie : presque exclusivement masculine
Une femme hétérozygote est conductrice : elle ne présente pas la maladie mais la transmet à la moitié de ses fils. C'est ce mécanisme qui a propagé l'hémophilie dans les familles royales européennes à partir de la reine Victoria.
Les caractères polygéniques
La taille, la couleur de peau, le poids ne dépendent pas d'un gène mais de dizaines, chacun apportant une petite contribution. Le résultat n'est plus discret mais continu :
caractère MENDÉLIEN caractère POLYGÉNIQUE
deux catégories nettes une distribution en cloche
██ ██ ▁▃▅▇█▇▅▃▁
violet blanc petit moyen grand
On retrouve ici la loi normale : une somme de nombreuses petites contributions indépendantes produit une courbe en cloche. S'y ajoute l'environnement — la nutrition explique une part importante de la taille adulte, indépendamment des gènes.
Ce que Mendel n'a pas vu, et pourquoi
dominance incomplète -> il n'a étudié que des caractères à dominance nette
codominance -> idem
gènes liés -> ses sept caractères étaient de fait indépendants
liaison au sexe -> le pois n'a pas de chromosomes sexuels
polygénie -> il a écarté les caractères continus, trop confus
Ces exceptions n'invalident rien : les lois de Mendel restent exactes dans leur domaine. Elles décrivent la transmission des allèles, qui suit toujours la méiose ; ce sont les relations entre allèles et phénotype qui sont plus riches qu'il ne le pensait.
En résumé
- Dominance incomplète : phénotype hétérozygote intermédiaire, rapport
1:2:1. - Codominance : les deux allèles s'expriment (groupe sanguin
AB). - Allèles multiples : plus de deux versions dans la population (A, B, O).
- Liaison au sexe : un allèle récessif sur
Xs'exprime toujours chez l'homme (daltonisme, hémophilie). - Caractères polygéniques : des dizaines de gènes → distribution continue, en cloche.
- Ces cas n'invalident pas Mendel : la transmission des allèles suit toujours ses lois.

