Le socle théorique
Sécurité calculatoire vs inconditionnelle
Toutes les sécurités ne se valent pas. Il existe une frontière nette entre ce qui résiste à n'importe quelle puissance de calcul et ce qui résiste seulement aux moyens raisonnablement disponibles.
Deux niveaux de sécurité
- Sécurité inconditionnelle (dite parfaite) : le chiffre est incassable même face à un adversaire disposant d'une puissance de calcul infinie. Aucune quantité de calcul ne révèle le message.
- Sécurité calculatoire : le chiffre est cassable en théorie, mais le faire demanderait un temps ou des ressources hors de portée en pratique.
Le masque jetable : sécurité inconditionnelle
Le masque jetable (one-time pad) combine chaque bit du message à un bit de clé vraiment aléatoire, aussi long que le message et jamais réutilisé. Shannon a prouvé que le chiffré ne livre aucune information sur le clair : toutes les clairs sont également possibles.
Cette sécurité est prouvée et absolue — mais son prix est prohibitif : une clé aussi longue que tout ce que l'on veut échanger, transmise de façon sûre. C'est pourquoi il reste réservé à des usages rares et critiques.
RSA, AES : sécurité calculatoire
La quasi-totalité de la cryptographie déployée — RSA, AES, les courbes elliptiques — n'offre qu'une sécurité calculatoire. En principe, un attaquant qui essaierait toutes les clés, ou qui factoriserait le module RSA, finirait par réussir.
Mais « finirait » signifie ici des durées astronomiques. Casser AES-128 par force brute, ou factoriser un module RSA de 2048 bits, dépasse de très loin ce que l'humanité peut mobiliser.
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| | INCONDITIONNELLE | CALCULATOIRE |
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| Exemple | masque jetable | RSA, AES, ECC |
| Cassable ? | non, jamais | oui, en theorie |
| Puissance infinie| resiste | tombe |
| En pratique | incassable | hors de portee |
| Repose sur | l'information | la difficulte calcul |
| Cout | cle enorme | cles courtes |
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La notion de réduction
Comment justifier une sécurité calculatoire sans preuve absolue ? Par une réduction. On démontre l'implication :
casser le schema ===> resoudre le probleme dur
Autrement dit : s'il existait un moyen efficace de casser RSA, alors il existerait un moyen efficace de factoriser. Comme on croit fermement que factoriser est dur, on en déduit que casser RSA l'est aussi.
La sécurité repose ainsi non sur une preuve directe, mais sur un transfert de confiance vers un problème bien étudié.
| Inconditionnelle | Calculatoire | |
|---|---|---|
| Garantie | mathématique, absolue | dépend de la difficulté d'un problème |
Face à P = NP |
tient toujours | peut s'effondrer |
| Exemples | masque jetable | RSA, AES, ECC |
| Diffusion réelle | marginale | quasi universelle |
En résumé
La sécurité inconditionnelle (masque jetable) résiste à une puissance infinie mais coûte une clé énorme. La sécurité calculatoire (RSA, AES) est cassable en théorie mais hors de portée en pratique ; elle domine la cryptographie réelle. Une réduction justifie cette sécurité en ramenant toute attaque à la résolution d'un problème réputé dur.

