Le principe
Chiffré en transit ou de bout en bout ?
« Vos messages sont chiffrés » ne veut pas dire grand-chose tant qu'on ne précise pas qui détient les clés. Deux architectures très différentes se cachent derrière cette phrase.
Chiffré en transit
Le message est chiffré entre toi et le serveur, puis déchiffré à l'arrivée, stocké, et rechiffré vers le destinataire.
Alice --(chiffre)--> [S] --(chiffre)--> Bob
(S, le serveur, lit tout en clair)
Un observateur du réseau ne voit rien. Mais le serveur, lui, lit tout. Il le fait souvent pour de bonnes raisons : recherche dans l'historique, filtrage, aperçus.
C'est le modèle de la plupart des services de courriel et de nombreuses messageries.
Chiffré de bout en bout
La clé n'existe que sur les appareils. Le serveur transporte un contenu qu'il ne peut pas ouvrir.
Alice --(chiffre)--> [S] --(chiffre)--> Bob
(S ne voit qu un bloc opaque)
Le message est chiffré chez Alice, déchiffré chez Bob, et personne entre les deux n'y accède — y compris l'opérateur du service.
La bonne question
Face à un service qui annonce du chiffrement, demande-toi : le serveur peut-il lire mes messages ?
Deux indices révélateurs. Si tu peux consulter tout ton historique depuis un nouvel appareil sans rien fournir d'autre que ton mot de passe, le serveur détient probablement les clés. Et si le service propose une recherche plein texte côté serveur, il lit forcément le contenu.
Ce que cela coûte
Le bout en bout n'est pas gratuit. La recherche devient difficile, la sauvegarde aussi, et perdre ses clés signifie perdre ses messages — le service ne peut rien restaurer.
Ce n'est pas un défaut de conception mais la contrepartie directe de la garantie : un opérateur incapable de lire tes messages est aussi incapable de te les rendre.

